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Le paradoxe des espaces frontaliers béninois

D 3 janvier 2018     H 05:43     A L’AGENCE     C 0 messages


Faisons une visite dans l’horizon des espaces frontaliers !

Lorsqu’on parcourt les espaces frontaliers, on est automatiquement frappé par la nudité du paysage en infrastructures ou tout simplement par le manque du minimum vital pour l’espèce humaine. Que l’on soit au Bénin ou ailleurs en Afrique, le constat est le même, au mieux des cas, à une différence négligeable.

Quand vous quittez une ville du Bénin pour vous rendre dans un espace frontalier, TOUT change ! Du climat aux infrastructures en passant par les populations qui vivent dans une précarité déconcertante. Vous vous apercevrez kilomètre après kilomètre, des routes qui sont dégradées et impraticables, de l’absence d’électricité et d’eau potable, des maisons de plus en plus démodées et inhabitables, des personnes de plus en plus démunies, visiblement pauvres et sans espoir…

Les espaces frontaliers du Bénin présentent cette image désolante. Et pourtant, ces secteurs les plus défavorisés, les plus marginalisés SONT des zones géostratégiques, des mines de richesses naturelles et des portes ouvertes favorables au développement durable.

Etonnement, le Bénin est riche de ses frontières ! Voici quelques preuves :
Les espaces frontaliers du Bénin occupent près de 64,31% de la superficie du pays et abritent plus de 41,26% de la population béninoise (Livre blanc de la Politique Nationale de Développement des Espaces Frontaliers, 2012). Selon le même document qui fait l’état des frontières au Bénin, les espaces frontaliers sont des niches de richesses :

862 421 ha de forêts classées et 3080 ha de périmètres de reboisement : domaine forestier le plus étendu et le plus riche en essences forestières du pays ;
les deux grandes réserves de faune pour une étendue de 1 202 793 ha (Pendjari et W) ;
- 55% des bas-fonds aménageables se trouvent dans les espaces frontaliers soit 38 662 ha ;
- Potentialités minières dans le bassin du Niger :

  • le gisement de Fer de Loumbou-Loumbou à Karimama et de Madécali à Malanville évalué à près 506 millions de tonnes de minerai ;
  • les gisements de Phosphate de la Mékrou, environ 5,5 millions de tonnes ;
  • des réserves importantes non estimées de cuivre, de Nickel, de Zinc et de granulite ;

- des réserves en or dans les communes de Natitingou, d’Ouaké et de Copargo ;
- environ 84% des réserves pétrolifères du Bénin ;
- les plus importantes réserves de marbres : Ouessè, Savè, Aplahoué
- etc.

Eu égard ce qui précède, on peut être tenté d’affirmer que les espaces frontaliers sont « pauvres mais riches », quel paradoxe ! Oui les espaces frontaliers sont pauvres et pourtant tellement si riches, d’une richesse qui pourrait leurs permettre d’atteindre un niveau de développement à l’instar des villes et voire plus.

Alors, prenant conscience de cet état de chose, le gouvernement béninois, par le truchement de l’ABeGIEF, a élaboré et mise en œuvre la Politique Nationale de Développement des Espaces Frontaliers afin de renverser cette tendance. Dans ce cadre, plusieurs actions ont été entreprises afin de viabiliser les espaces frontaliers conformément à l’Orientation Stratégique N°2 de cette politique : « Réduire la pauvreté et améliorer les conditions de vie des populations frontalières ».

Il s’agit entre autres de la construction de plus de 200 salles de classe avec la prise en charge des salaires d’enseignants communautaires, d’une dizaine de hangars de marché, d’une vingtaine de forages, de dons de fournitures, de vivres et de matériels agricoles aux écoles des espaces frontaliers, de la formation des femmes en activités génératrices de revenues suivies de dons de matériels de production, de l’oorganisation des consultations médicales foraines au cours desquelles quinze milles (15.000) personnes ont été totalement et gratuitement prise en charge.

Par ailleurs, l’ABeGIEF ne s’est pas arrêtée uniquement au volet développement. Elle a également mené des actions dans les domaines de la sécurité et de la coopération transfrontalière. En effet, aucune localité ne peut se développer sans un minimum de sécurité. Aussi, les espaces frontaliers partageant les mêmes cultures et réalités avec leurs vis-à-vis, des projets conjoints de développement sont élaborés.

Dans le domaine sécuritaire, il y a la construction d’infrastructures de sécurité, les dons de matériels roulants aux forces de défenses et de sécurité, la récupération des secteurs frontaliers autrefois administrés par les pays voisins, la création avec la Police Nationale de l’Unité Spéciale de Surveillance des Frontières (USSF) et le bornage de la frontière bénino-togolaise.

Quant aux actions relatives à la coopération transfrontalière, il y a l’organisation de forums linguistiques, les sessions des commissions mixtes paritaires de délimitation des frontières avec le Nigéria, le Togo et le Niger, les audiences foraines d’état civil avec le Niger dans les secteurs frontaliers de Karimama et Malanville et la création de l’Association Béninoise des Communes Frontalières (ABCF).

Toutes ces différentes actions mises en œuvre par l’ABeGIEF ont permis non seulement de développer de sentiment de citoyenneté des populations frontalières mais aussi de réduire la pauvreté dans ces zones géostratégiques qui petit à petit sortent de leur état de léthargie.