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L’aménagement des territoires frontaliers, un enjeu pour la gestion intégrée des frontières

D 17 novembre 2015     H 10:43     A L’AGENCE     C 0 messages


L’un des principaux champs explorés par l’Agence Béninoise de Gestion Intégrée des Espaces Frontaliers est celui de l’aménagement équilibré et harmonieux des territoires frontaliers dans le cadre de l’action publique. Jadis oubliés et marginalisés, considérés comme confins où les marques de l’Etat fragile sont faiblement ressenties au meilleur des cas, sinon presque inexistantes, les territoires frontaliers sont devenus un enjeu de développement avec la création de la Commission Nationale des Frontières par décret N° 2009-704 du 31 décembre 2009. Dans ce contexte, les frontières comme espaces de vie sont intégrées dans les orientations nationales de développement avec pour corolaire l’élaboration de la Politique Nationale de Développement des Espaces Frontaliers (PNDEF) en 2012 et ses instruments de mise en œuvre. Désormais, cette politique permet aux territoires frontaliers de cesser d’être des marges territoriales où les besoins des populations sont insuffisamment pris en compte dans les priorités nationales des différents secteurs de l’Etat.

Les projets de territoires impliquant les autorités publiques sont dorénavant corrélés pour améliorer de façon significative les conditions de vie des populations marginalisées et paupérisées aux fin de conforter les creusets destinés à la promotion de la coopération transfrontalière. L’enjeu principal se situe à un double niveau : la façon dont les autorités en charge des territoires frontaliers mettent en œuvre leurs projets à travers le choix d’outils de développement économique, et les spécificités de ces outils au regard du contexte frontalier sur lequel ils agissent. Cette question s’inscrit dans une approche des services publics visant à développer économiquement les territoires frontaliers. Ces politiques publiques ont pour objectifs la mise en place de nouvelles régulations locales et la compensation des conséquences négatives des flux économiques et des barrières administratives. Elles jouent également un rôle important de sensibilisation, de dynamisation et de création d’une nouvelle culture pour tous les acteurs du développement économique. Cette notion de service d’intérêt général justifie l’intervention des institutions publiques dans le domaine économique. Le rôle des autorités est de porter des utilités collectives et non de se contenter de répondre aux utilités individuelles.

Les collectivités territoriales qui bénéficient déjà d’un cadre juridique performant en matière de décentralisation et surtout de coopération décentralisée ont désormais à leurs côtés l’ABeGIEF qui les accompagne dans les domaines de sécurisation et de développement desdits territoires, mais aussi de la coopération transfrontalière. Ainsi, les infrastructures de sécurité (commissariats de police et brigades de gendarmerie notamment) ainsi que celles d’écoles et dans une moindre mesure les équipements marchands ont commencé par essaimer l’ensemble du territoire dans sa périphérie.
Dans le domaine de la sécurisation, la méconnaissance de la ligne frontière a entrainé dans le passé l’annexion de localités béninoises par les pays limitrophes. Les efforts entrepris par l’Agence dans le cadre de la délimitation et la démarcation de la ligne frontière ont abouti à la rétrocession desdites localités jadis litigieuses. Les populations des confins marqués par des discontinuités qui vivaient dans l’angoisse totale se sentent de plus en plus appartenir à une nation à la quête permanente de climat de paix et de coexistence pacifique, ce qui justifie la création, sur l’initiative de l’Agence, de l’Unité Spéciale de Surveillance des Frontières (USSF) de la police nationale. Cette unité d’élite formée par les “marines américains“ à l’école des officiers de Toffo et à l’école nationale de police a reçu mandat d’appuyer les commissariats frontaliers et les postes avancés et de patrouiller le long de la ligne frontière pour accroitre la quiétude des populations en vue de leur permettre de vaquer à leurs préoccupations quotidiennes dans le respect des lois de la république.

Dans le domaine du développement, les territoires qui étaient dans un dénouement total ont vu accroitre l’offre des services collectifs élémentaires aux populations. En effet, vingt sept (27) commissariats de police, quatorze (14) brigades de gendarmerie, vingt huit (28) infrastructures scolaires et quelques équipements marchands équipés par endroit de panneaux solaires pour la fourniture d’électricité, sans compter les installations en cours, ont été érigés de 2009 à 2015 sur les points névralgiques des frontières complétant l’arsenal institutionnel déconcentré existant du pays pour sécuriser les populations, mais et surtout contribuer à leur épanouissement.

Dans le domaine de la coopération transfrontalière, de nombreux efforts sont fournis par l’Agence pour améliorer les relations de bon voisinage entre les peuples frères du Bénin et de ses voisins, soutenir les activités génératrices de revenus des couches vulnérables. Dans ce registre, les groupements de femmes rurales de Sinangourou (Nikki), Iwoyé (Kétou), ottola (Savalou) et Ogamoin (Pèrèrè) ont bénéficié de divers appuis de l’Agence. Celle-ci a fait de ses priorités la promotion de la culture comme base de la coopération transfrontalière entre les peuples divisés par la ligne frontière. Ce fut l’organisation de fora linguistiques boo en 2011, baatonu en 2012 et yoruba-nago en 2013 où les populations ayant en partage la langue ont eu l’occasion de discuter des devenirs possibles de leur culture commune. A cela, s’ajoutent les consultations foraines sanitaires qui constituent une occasion unique pour la plupart des populations de ces zones marginales de bénéficier des soins techniquement spécialisés.

Par ailleurs, les ressources naturelles du pays dont la plupart sont concentrées dans ces territoires frontaliers bénéficient d’une attention particulière. Des études sont entreprises pour préserver les enjeux naturels singuliers dans le cadre de l’aménagement et la préservation des écosystèmes forestiers et des hydrosystèmes partagés ainsi que de leurs interactions avec les ethnosystèmes des périphéries territoriales nationales en vue de leur assurer une gestion durable par la planification spatiale.

Au total, l’analyse spatiale des effets de frontière observés sur l’ensemble des frontières du pays notamment l’analyse de risque au regard du stress hydrique que connait la sous-région, de la géopolitique continentale et du contexte international, révèle que si les frontières nationales ne sont pas clairement délimitées et démarquées, si les territoires frontaliers ne sont pas sécurisées pour assurer le maintien de la paix, de la coexistence pacifique et du développement en terme de l’offre des services collectifs de qualité et de la préservation des écosystèmes fragiles, si l’affectation des ressources et investissements ne garantit pas le développement équilibré et durable du territoire national en l’occurrence les territoires frontaliers, l’Etat fragile deviendrait tout bonnement un Etat défaillant.
Au regard de la situation, le défi des années à venir est de contextualiser l’approche de gestion axée sur la territorialité du développement des espaces frontaliers, lesquels espaces où les frontières interviennent de manière déterminante et significative, à différentes échelles, dans leur structuration sont porteurs de projets de territoires transfrontaliers. Dans un tel contexte, les acteurs locaux ont un rôle très déterminant à jouer. Cette nouvelle approche aura pour cibles les nouveaux territoires à savoir les territoires de développement, les territoires de services collectifs, les territoires singuliers et les zones économiques spéciales sous l’emprise des frontières. L’Association Béninoise des Communes Frontalières (ABCF) créée à cet effet, servira de levier dans cet élan de l’Agence qui vise à transformer progressivement les espaces frontaliers de promiscuité en territoires transfrontaliers dynamiques qui se développeraient grâce aux riches relations d’échanges et de partage qu’ils entretiendraient entre eux pour le mieux-être des populations vivant dans ces zones spécifiques.